
Chez les Bambara, le travail de la terre est une épopée. Voici le Chi Wara, l'être mi-antilope mi-humain descendu du ciel pour transformer la poussière en champs de mil. Lorsqu'il paraît, porté en couple par les meilleurs cultivateurs, c'est tout le village qui se lève pour honorer le pacte sacré entre l'homme et le sol qui le nourrit. Une ligne en zigzag dessine dans l'air le parcours du soleil à travers le ciel ; les cornes s'élancent comme des tiges de mil prêtes pour la récolte ; le corps allongé et les pattes courtes rappellent l'oryctérope, cet animal qui creuse la terre avec la même ardeur que le paysan avec sa houe. Le danseur, enveloppé de longues fibres de rafia, devient une cascade d'eau symbolique appelant l'abondance. Le Chi Wara ne danse jamais seul : il sort toujours en couple, mâle et femelle, car la fertilité de la terre est indissociable de l'union des sexes. Une légende raconte que le premier Chi Wara, déçu par le gaspillage des hommes, s'est enseveli dans la terre.