
Ce visage barbu aux oreilles monumentales appartient à l'une des traditions les plus raffinées d'Afrique : celle des Yorouba. Longtemps resté anonyme, cet objet a retrouvé son nom grâce aux recherches initiées par William Fagg au Nigéria dans les années quarante-cinquante sur l'identité des sculpteurs yorouba : il est né des mains d'Adigbologe, dont le génie a marqué le milieu du vingtième siècle. La face est large et équilibrée, surmontée de deux oreilles immenses en forme d'ailes. Sur le front, entre les deux oreilles, est sculpté un tambour d'aisselle en forme de sablier, symbole de communication et de rythme, orné d'un entrelacs en relief emprunté aux voisins Haoussa du nord. Derrière ces oreilles ailées se dresse un animal protecteur — tantôt identifié comme une hyène, tantôt comme un léopard. Ce masque marque un tournant dans l'histoire de l'art : il permet de passer de l'objet de musée anonyme à la reconnaissance d'un créateur individuel.