
Voici le Kanaga, le masque le plus emblématique du peuple Dogon. Plus qu'une parure, il est l'acteur central d'un véritable théâtre cosmique : le Dama. Lors de cette grande cérémonie de levée de deuil, des dizaines de ces silhouettes s'élancent sur la place du village pour guider les âmes des défunts vers le monde des ancêtres. Le visage est taillé en « coupe-vent », brut et puissant, mais c'est sa partie supérieure qui fascine : une immense double croix de bois dont les branches pointent à la fois vers le ciel et vers la terre. Pour le passant, c'est un oiseau qui déploie ses ailes ; pour l'initié de la société de l'Awa, c'est l'homme lui-même, axe du monde, ou encore l'insecte sacré qui a sauvé l'arche primordiale. Lorsque le danseur, dans un tournoiement brusque du buste, fait frôler le sol au sommet du masque, il imite le créateur Amma, qui a « dansé le monde » en faisant vibrer la matière aux quatre points cardinaux. On en a compté près de trente lors d'un seul Dama.