
Ici l'esprit ne prend pas une forme humaine mais celle d'une force brute qui charge : le Vaca Bruto, le « bœuf sauvage ». Ce n'est pas un symbole de sagesse, mais l'incarnation de l'énergie indomptée des jeunes hommes qui n'ont pas encore franchi les portes de la connaissance. La tête est taillée dans un bois sombre et massif, surmontée de véritables cornes de bovidé ; les yeux, larges, sont souvent cerclés de blanc pour accentuer le regard menaçant du taureau, et la bouche est entrouverte comme pour laisser échapper le souffle d'un animal prêt à l'assaut. Le danseur, le Cabaro, appartient à la classe d'âge des 18-27 ans : en portant ce masque, le plus lourd de la tradition insulaire, il doit imiter le comportement imprévisible du bœuf sauvage. C'est par le rituel du Manratche que cette force brute sera canalisée. Si un jeune homme meurt avant son initiation, une jeune femme peut porter le masque et accomplir le rituel à sa place.