
Imaginez une sentinelle de bois, haute de plus d'un mètre, émergeant de la pénombre de la forêt sacrée. Ce n'est pas un simple oiseau, c'est la « Mère des novices ». Chez les Sénoufo, le Séjén — ou grand calao — est le gardien immobile qui veille sur les jeunes garçons lors de leur parcours au sein de la société secrète du Poro. Porté en équilibre sur la tête des initiés lors des processions, il impose par sa stature l'autorité des anciens. L'objet réunit en lui deux forces contraires : un bec immense, long et phallique, symbole de la puissance masculine et de la transmission du savoir ; et un ventre bombé et arrondi, évoquant une grossesse imminente. En une seule pièce de bois polychrome, le sculpteur a marié la virilité et la maternité, pour illustrer que la vie, comme la connaissance, naît de l'union des principes masculin et féminin. Certaines de ces statues possèdent une base creusée, conçue pour épouser la forme du crâne du danseur, et les ailes portent parfois des gravures secrètes, des codes visuels que seuls les membres les plus hauts gradés du Poro savent déchiffrer.